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Le 5 février dernier, j’ai eu le privilège d’être là, pour écouter l’ex-Première dame des États-Unis, de passage dans la métropole. Je dois avouer que je ne suis pas allée à Montréal expressément pour elle, j’y étais déjà pour aller voir des clients, alors je me suis dit que c’était une occasion à saisir!

Après avoir acheté mon billet, je reçois un courriel de confirmation avec une pleine page de recommandations. Sécurité oblige, on nous demande d’arriver 3 heures d’avance! Et pas le droit de traîner son ordinateur avec soi pour travailler en même temps, il faut tout laisser au vestiaire. J’en profite donc pour socialiser avec mes voisines. Toutes ont les yeux qui brillent d’être là pour cet événement, malgré le fait qu’au milieu de l’immense salle du palais des congrès, nous ne voyons même pas la scène. Nous vivrons l’événement sur écran géant. Qu’à cela ne tienne, nous sommes là! L’ambiance est décontractée et fébrile!

Michelle Obama

Enfin, après les discours protocolaires d’usage, elle arrive sur scène sous une ovation.

J’aime le concept: c’est une entrevue, menée de main de maître par la PDG de Femmessor, Sévérine Labelle. On sent sa nervosité dans sa voix au début, mais à mesure que la conversation avance, une aisance s’installe.  On le serait à moins! Interviewer cette femme plus grande que nature devant 10 200 personnes, et en anglais en plus! Chapeau! Pendant l’échange, sauf lorsqu’une réponse suscite les applaudissements de la foule, on entendrait une mouche voler. Nous sommes suspendues à ses lèvres.

Pourquoi aime-t-on Michelle Obama?

À mon avis, c’est d’abord son authenticité qui suscite l’admiration. J’en parlais avec mes voisines du moment, nous sommes toutes persuadées que la femme publique est la même dans sa vie privée. Elle dégage une énergie qui a un effet positif et on sent son réel intérêt pour les gens.

C’est une chance qu’aujourd’hui elle décide de profiter de sa célébrité et de son charisme pour passer des messages importants. Je ne résumerai pas tous ces messages, plusieurs l’ont fait dans différents articles faciles à trouver sur le Web. Je vous suggère celui-ci pour un résumé global qui revient sur 10 moments clés de sa conférence.

Quant à moi, j’aimerais revenir sur trois mots qui, à mon avis, résument qui est Michelle Obama et le message qu’elle porte.

Comment devenir un agent de changement

Pour Michelle Obama, devenir un agent de changement passe par l’éducation, la passion et les compromis. Compromis? Oui, vous avez bien lu et ça fait plein de sens!

Éducation:

Pour changer les choses, il faut d’abord les connaître. Une évidence, vous croyez? Pas lorsqu’on pense aux nombreux «gérants d’estrade»…  Vous n’êtes pas satisfait de quelque chose? Informez-vous, éduquez-vous sur la réalité que vous n’aimez pas et vous serez mieux outillé pour la changer.

Et si on prend l’éducation au sens large, ça peut aussi vouloir dire de mieux se connaître soi-même. Quelles sont les valeurs personnelles qui guident notre vie? C’est notre fondation. C’est ce qui a permis à Michelle Obama de rester elle-même malgré son statut. Elle racontait que lorsque son mari a été élu, tout le monde avait une opinion sur les dossiers qu’elle devrait prendre sous son aile. Comment a-t-elle pris ses décisions face à tous les conseils qu’elle recevait? Elle s’est simplement dit qu’elle allait prendre les dossiers qui lui plaisaient le plus, ceux qui la touchaient et qui étaient importants POUR ELLE, pas pour ses nombreux conseillers.

Passion:

La passion qu’on a pour un sujet nous permet de rester authentique et crédible. C’est certainement ce qui a fait la différence pour Michelle Obama. L’énergie qu’elle dégage et le fait que nous la voudrions toutes pour amie viennent de là. Quand elle parle, elle est sincère parce qu’elle aime ce qu’elle fait. Ça explique aussi pourquoi elle ne se lancera pas en politique malgré que plusieurs aimeraient la voir candidate aux élections américaines de 2020. La politique n’est pas sa passion.

Son intuition de départ, celle d’écouter ses passions pour choisir ses dossiers, était la bonne. Et si je tourne le regard vers moi et que je regarde mes propres habitudes? Ça nous arrive tous de faire des choix uniquement avec la tête, parce que c’est logique et raisonnable de faire ce choix. Mais si le cœur n’y est pas, ce sera lourd à porter et nous aurons tendance à procrastiner, du moins c’est mon cas! C’est cette passion qui nous permet d’influencer les gens et d’ajouter de la valeur à la société.

Compromis:

J’ai bien aimé ce dernier point. Après la passion qui vient du cœur, le compromis vient de la tête. Pourquoi faire des compromis? Parce qu’on vit en société, parce qu’on travaille en équipe, parce que parfois, pour faire des changements, il faut savoir faire des concessions. Ces concessions nous permettent d’avancer tout de même. Peut-être pas aussi vite qu’on le voudrait, mais d’avancer quand même.

La vie n’est jamais noire ou blanche. Il faut être capable de négocier avec toutes les nuances de gris qui la composent.

La place des filles et des femmes

Un dernier point que je ne peux passer sous silence et qui a occupé une bonne partie du discours de Michelle Obama et c’est la place des femmes. Elle a habilement amené les hommes à réfléchir sur leur propre volonté de laisser de la place aux femmes autour des tables décisionnelles. L’humain est ainsi fait que quand il a un pouvoir, il n’a pas l’habitude de s’en départir. Si des places sont allouées aux femmes, ça implique que des hommes doivent partir. Alors, bien que le discours des hommes soit positif concernant la place des femmes, est-ce que la volonté est réelle?

J’entends souvent dans mon entourage: «oui, mais est-ce que les femmes veulent réellement ces places»? C’est une bonne question parce que si je me considère personnellement, je ne voudrais pas d’un poste de PDG d’une grande entreprise ou être une politicienne de haut niveau. Je ne cherche pas à défoncer des plafonds de verre. La première fois qu’on m’a demandé de présider une organisation, soit Femmessor Bas-Saint-Laurent (2011 – 2013), ma réaction avait été: «non, je n’ai pas l’expérience qu’il faut». Qu’est-ce qui ressort de ce constat? Le manque de confiance. Et c’est généralisé chez les femmes. Ça vient de notre éducation, de notre culture et de la société qui valorise les hommes au pouvoir. Une femme qui s’affirme est vue comme agressive plutôt que confiante.

Michelle Obama nous invite à commencer dès la petite enfance et à inculquer cette confiance chez les petites filles. Il faut qu’elles apprennent à se valoriser elle-même et à se valoriser entre elles également. L’éducation, la société et la culture ont un grand rôle à jouer dans la place que les femmes prennent, ou pas.