Sélectionner une page

“On a de la suite dans les idées”, c’est une chronique radio diffusée tous les lundis à 11h30 sur les ondes d’Horizon FM. Avec Caroline Lavertu, je discute de la communication et de son impact dans nos vies, que ce soit du côté professionnelle ou sociale. Bonne écoute!

 

Chronique précédente: Est-ce que tout se joue à la première impression? 

Vous préférez lire la chronique?

CAROLINE

Les dernières semaines ont été riches en exemples de conséquences négatives face à l’utilisation inadéquate des réseaux sociaux, principalement avec Facebook.  On discute de confidentialité et d’utilisation responsable avec Cindy Rivard, stratège, conseillère et formatrice chez Oyez Communications.

Bonjour Cindy! (…)

Je pense qu’on ne peut pas passer sous silence le scandale concernant l’utilisation des données personnelles Facebook quand on parle de communication!

CINDY

Non, en effet.

CAROLINE

Alors, je rappelle rapidement aux auditeurs que Cambridge Analytics est une firme londonienne qui a utilisé les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs Facebook pour, on soupçonne, influencer les électeurs américains lors des élections de 2016. Mais maintenant que le chat est sorti du sac, on fait quoi? Est-ce que la solution serait de fermer notre compte Facebook?

CINDY

Non, je n’irais pas jusque-là. Fermer son compte Facebook n’efface pas les traces qu’on a laissées depuis 10 ans. Ça n’efface pas non plus notre présence sur le Web. Google aussi récolte quantité de données à notre sujet. Et ça n’efface pas toutes les applications qu’on télécharge sur nos téléphones intelligents et qui récoltent aussi des données sur nous.

Ce qui s’est passé était inévitable parce qu’il y a peu de règles qui régissent l’utilisation des données personnelles et peu de gens comprennent jusqu’où ça peut aller. Moi-même, chaque fois que je lis sur le sujet, je suis impressionnée de voir où on est rendu avec le ciblage des gens.

CAROLINE

Ça va très loin en effet, on mentionne que Cambridge Analytica peut avoir jusqu’à 5 000 informations sur une personne pour établir son profil. C’est énorme!

CINDY

Oui, c’est énorme! On laisse des traces partout. Chaque clic sur Internet est comptabilisé. Notre téléphone nous suit à la trace parce qu’on utilise les outils de géolocalisation. On peut donc savoir ce que vous faites, où vous êtes, combien de temps vous rester dans un endroit. Quand on se met à relier toutes ces données, ça crée des profils très précis des utilisateurs. Mais ça, ce n’est pas nouveau. Tout le monde le sait, un peu, sans aller dans le détail, que l’utilisation d’Internet permet de récolter des données et que c’est bon pour les firmes marketing et publicitaires.

CAROLINE

Mais aujourd’hui on se rend compte que ce n’est pas utilisé qu’à des fins publicitaires.

CINDY

C’est exactement ça, et le réveil est brutal parce qu’on se rend enfin compte qu’on peut être manipulé. Quand ça touche la démocratie en influençant des élections, ça vient toucher nos droits fondamentaux. Maintenant, espérons que les instances gouvernementales vont faire leur travail du côté des lois et de l’encadrement en termes d’utilisations des données personnelles. Espérons aussi que l’on conscientisera nos jeunes dans les écoles, de plus en plus tôt, à une utilisation sécuritaire d’Internet. Et, SURTOUT, que chacun prendra conscience qu’il peut, tout de même, avoir un impact sur les traces qu’il laisse.

CAROLINE

Peux-tu nous donner quelques exemples de ce qu’on peut faire.

CINDY

Si on revient à Facebook plus précisément, j’invite les auditeurs à aller faire un tour dans leurs paramètres de compte. C’est là qu’on peut gérer notre visibilité, ou notre non visibilité.

Si on se rend dans l’onglet application dans nos paramètres, on peut rester étonné de voir LA QUANTITÉ d’applications qui peuvent être associées à notre compte.  Toutes ces applications récoltent aussi des informations sur nous et sur nos amis. Une grande majorité des jeux et petits sondages, qui semblent inoffensifs, sont reliés à une application qui récolte nos données. Si ce sont des applications qu’on n’utilise pas de façon régulière pourquoi les laisser là? En les désactivant, on coupe la récolte de données qui continue de se faire.

CAROLINE

Moi, je l’ai fait l’exercice et je n’avais pas beaucoup d’application dans mes paramètres, probablement parce que justement je ne joue pas à des jeux sur Facebook et c’est très très rare que je vais répondre à des sondages alors c’est sans doute pour ça que je n’en avais pas beaucoup.

CINDY

Exactement. Et moi, je me suis amusée à demander à quelques personnes de mon réseau et j’ai vu que ça dépend vraiment de notre utilisation du réseau, mais il y en a qui ont été vraiment surpris de la quantité d’applications qu’ils avaient là. Un autre exemple, savais-tu Caroline que ton nom peut être associé à la publicité des pages que tu aimes?

CAROLINE

Je ne le savais, mais je me suis rendue compte sur mon fil d’actualité que des fois je vois le nom de certains de mes amis qui aime une page, j’imagine que c’est ça?

CINDY

Oui, mais notre nom va continuer d’être associé aux pages qu’on aime, mais là où c’est différent, c’est quand une page fait de la publicité payante, notre nom continue d’y être associé. On peut désactiver cette fonction. C’est sûr que si ton nom est associé à, je ne sais pas moi, un film ou un livre que tu as adoré, peut-être seras-tu fière de dire à tout le monde que tu l’aimes, mais est-ce que tu te souviens réellement de TOUTES les pages que tu as aimées sur Facebook à travers les années?

CAROLINE

Non pas vraiment.

CINDY

Parfois, on aime des pages auxquelles on ne veut pas nécessairement être associé. On peut aller dans l’onglet « publicité » de nos paramètres et indiquer qu’on ne souhaite pas associer notre nom aux publicités.

C’est aussi dans cet onglet qu’on peut voir dans quelle catégorie Facebook nous a ajouté pour nous diffuser de la publicité. J’ai pu moi-même constater que Facebook m’avait ajouté dans les catégories « parent d’enfant de 13 à 18 ans », « utilisateur d’un Galaxy S7 » et « premiers adopteurs de technologie ». Ce ne sont que quelques exemples, j’étais dans les faits associé à 20 catégories.

CAROLINE

Eh bien! On voit qu’on en laisse des traces en effet!

CINDY

C’est le prix à payer, si je peux m’exprimer ainsi, pour utiliser un outil comme Facebook, gratuitement. On parle beaucoup de Facebook à cause du scandale qui le concerne, mais tout réseau social et application gratuite récoltent des données. Il n’y a rien de gratuit dans la vie et c’est avec ces données qu’ils peuvent faire des profits. Il faut en être conscient et se poser la question AVANT de cliquer et de télécharger une application.

CAROLINE

Oui, on peut se demander si on en a réellement besoin.

CINDY

Oui, mais il faut aussi se demander si les informations qu’ils demandent sont légitimes. Je te donne un exemple concret. C’est la tendance actuellement pour les compagnies d’assurance de nous inviter à télécharger une application pour obtenir un rabais sur notre assurance automobile.

Juste télécharger l’application nous donne un rabais et le rabais peut être plus gros selon nos habitudes de conduite.

Quand j’ai renouvelé mon assurance, on m’a offert de télécharger l’application. J’ai dit oui au début. Qui ne veut pas d’un rabais? Mais quand j’ai cliqué pour télécharger l’application, je devais accepter de donner l’accès non seulement à mes données de géolocalisation, ce qui est normal pour analyser ma conduite, mais AUSSI à mes contacts et aux fichiers dans mon téléphone! POURQUOI? En quoi est-ce que mes contacts et mes fichiers personnels peuvent influencer mes habitudes de conduite? J’ai dit NON et j’ai décidé que le rabais ne valait pas le partage de toutes ces informations. J’avais une impression d’intrusion dans ma vie privée.CAROLINE

Il faut donc être plus conscient des données qu’on partage. On est souvent à un clic de donner toutes nos informations personnelles.

CINDY

Exactement. Et en tant que consommateur, on a une responsabilité personnelle de NE PAS agir trop vite et de prendre le temps de lire. Tout est tellement facile et à un clic d’avoir une application qui nous facilite la vie ou qui nous donne un rabais, mais est-ce que la monnaie d’échange demandée est raisonnable.

Et je ne dis pas de ne plus rien utiliser sur Internet, mais juste d’en être conscient. C’est impossible que demain matin, tout le monde se débarrasse de son téléphone intelligent ou de son compte Facebook. Ça fait trop partie de nos vies. Mais soyons alertes sur ce qu’on partage comme information et discutons-en aussi avec nos enfants.

CAROLINE

On voit qu’il y a beaucoup de choses à dire pour communiquer efficacement et sécuritairement sur Internet! Et au-delà de la confidentialité des données, prendre le temps de réfléchir avant de partager notre opinion est aussi important.

CINDY

Absolument! Facebook fait tellement partie de nos vies que les gens ont oublié que c’était un réseau public. On ne le répétera jamais assez! Les écrits laissent des traces et ces traces peuvent nuire de plusieurs façons.

CAROLINE

On l’a vue récemment avec les commentaires haineux et racistes qui ont circulé sur Facebook suite à la disparition du petit Ariel.

CINDY

Les réseaux sociaux nous renvoient malheureusement ce qu’il y a de plus de bas chez l’être humain. Parfois, une personne seule, se gardera une petite gêne avant de dire quelque chose, mais quand on met cette personne dans un groupe de gens qui pensent comme elle, elle oubliera ses filtres, la décence et même la loi.

Parce que oui, il y a des limites à la liberté d’expression et ses limites sont régies par la Charte des droits et libertés.

Entre autres, on y dit que nul ne peut diffuser, publier ou exposer en public un avis, un symbole ou un signe comportant discrimination, ni donner une autorisation à cet effet.

Facebook EST public. Même si mon profil est privé, même si je suis dans un groupe fermé. TOUT ce qui se dit sur Facebook est du domaine public. On ne le dira jamais assez.

CAROLINE

Et ce qu’on dit peut avoir des conséquences qui nous suivent longtemps?

CINDY

Oui! Ce qu’on écrit peut avoir des conséquences. Des gens ont perdu leur emploi suite à des publications. Quand une mauvaise publication devient virale et qu’on en perd son emploi, ça nous suit longtemps.

Et je sais qu’on est tenté de dire « tant mieux pour cette personne, elle mérite ce qui lui arrive ». Mais il faut regarder aussi nos propres habitudes aussi. Est-ce qu’on se retrouve, par exemple, parmi ceux qui annoncent à son réseau qu’il s’en va au soleil et qui publie ses photos de vacances en direct? Si on se fait voler pendant un voyage annoncé sur Facebook, les assurances ne nous dédommageront pas.

CAROLINE

C’est un pensez-y-bien!

CINDY

Au lieu de se faire dire qu’il faut tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler, comme nos parents nous le disaient quand on était petits, de nos jours c’est plutôt se relire 7 fois avant de peser sur « enter »!

CAROLINE

Et avec tout ça, le temps file et on n’a pas eu le temps de parler de comment répondre aux commentaires négatifs qu’on peut recevoir sur les réseaux! On y revient la semaine prochaine?

CINDY

Oui, absolument!

CAROLINE

Si les gens souhaitent aller plus loin dans leur compréhension de Facebook, je crois que tu offres des formations?

CINDY

Oui et je suis d’ailleurs en période d’inscription pour la prochaine session de formation en mai prochain, à Témiscouata-sur-le-Lac. Pour ceux qui souhaitent plus d’informations, tous les détails sont sur mon site Web à OyezCommunications.com

CAROLINE

Merci Cindy! À la semaine prochaine!